Je me souviens du jour où Gérald m’a dit qu’il avait vu une jolie maison en vente pas très loin de l’appartement où nous habitions à Schaerbeek.
Il l’a visitée d’abord et ensuite nous sommes retournés avec les filles et nous nous sommes immédiatement projetés!
Pourtant, c’était une ruine, tout était à refaire mais cela ne nous faisait pas peur.
Comme par miracle, on s’y sentait déjà chez nous…
La maison était alors divisée en trois appartements et l'ensemble était horrible, à la limite de l’insalubre. Le jardin, assez grand pour Bruxelles, était envahi par les ronces et le lierre.
Mais tout ça ne nous a pas effrayés, nous avons eu un vrai coup de coeur et immédiatement nous avons fait une offre, mis notre appartement en vente et trois mois plus tard, l’appartement était vendu, la maison achetée et nous avons emménagé directement car nous n’avions pas les moyens de louer un autre endroit, même pour la durée des travaux 😉!
Les locataires des étages du bas sont partis après 6 mois.
Donc le dernier étage étant, lui, libre d’occupation, nous y avons emménagé.
Je me souviens de cette période avec tendresse…
je me souviens de moments extraordinaires... Nous étions les uns sur les autres, vivions dans 60 m2, je cuisinais à l'aide d'un réchaud placé sur le palier, notre lit de 2 personnes faisait la taille exacte de la largeur de la chambre et les filles (Marie et Juliette seulement à l’époque) dormaient sur des lits superposés dans une chambre minuscule jouxtant la nôtre…
Notre living room/salle à manger tenait dans ce qui est devenu la chambre de Marie par la suite, une grande pièce de 25m2 avec un balcon donnant sur la rue d’en face qui, à l’époque, était bordée de cerisiers du japon (magnifique).
Nous étions les uns sur les autres mais, par contre, nous avions une salle de bain digne d’une vraie maison de maître; Gérald avait mis un point d’honneur a avoir une des salles de bain déjà finie avant d’emménager et c'est son ami Luc qui s’en est occupé. Nous avons eu alors une superbe salle de bain aux murs lambrissés avec baignoire, douche et toilette 😊.
Nous n’avions pas encore de chauffage central et donc, nous nous chauffions avec des petits radiateurs électriques. Je me rappelle avoir eu le chauffage le jour de Noël! Ahmed nous a téléphoné ce jour là, nous étions chez ma grand mère à Kraainem, pour nous annoncer la bonne nouvelle! Un cadeau de Noël parfait!
Mais, surtout, je me souviens de jours heureux, de weekends passés les uns contre les autres à se raconter des histoires et à se parler à travers les murs…
Cette période a duré quelques mois mais ce fut quelques mois dont je me souviendrai toujours avec bonheur…
Ensuite, tout s’est enchaîné, les locataires sont enfin partis et nous avons pu alors entamer tous les travaux nécessaires.
En l’espace d’une année, aussi bien l’électricité, le toit, le chauffage, les chassis, les planchers, les peintures, le jardin que tout le reste, fut terminé.
Bien sûr, nous avons fait beaucoup nous mêmes, je nous vois encore Gérald et moi poncer les planchers avec une énorme machine, si grande qu’elle faisait l’effet d’une centrifugeuse sur moi et je me retrouvais propulsée à l’autre bout de la pièce… que de fous rires nous avons eus!
Je pense aussi au jardin, qui est toujours resté une source de plaisir pour Gérald comme pour moi… Nous l’avons repensé de A à Z, trouvant des espèces de plantes qui fleuriraient tout au long du printemps et de l’été, avec quelques erreurs; comme les bambous que j’avais plantés car ils ne perdaient pas leurs feuilles en hiver, sans penser qu’ils envahiraient tout le jardin sans scrupule ;-).
Ensuite, les années se sont enchaînées, la vie s’est installée…
Marie avait 9 ans et Juliette 6 ans quand nous avons emménagé.
Aujourd’hui, Marie a 25 ans, Juliette 22 et Joséphine nous a rejoint il y a 13 ans.
On peut imaginer tout ce que nous avons vécu dans cette maison.
Joie de la naissance, tristesse de la mort, cycle de la vie en fait…
Je crois que la période pendant laquelle nous avons eu la maison correspond à un cycle de vie et que ce cycle se terminait maintenant et donc que c’était le bon moment de la vendre.
Mais bien sûr il y a des choses que je n ‘oublierai jamais, comme les nombreux anniversaires qu’on y a fêtés, nos traditions d’Halloween où on se retrouvait tous chez nous pour se faire maquiller par Christine ou Véronique avant d’aller faire le tour du quartier en quête de bonbons et ensuite on mangeait la bonne soupe de Véronique ou de Vinciane…
Je n’oublierai pas non plus les nombreuses dégustations d’huile d’olive organisées par Brigitte et Bertrand, on y rencontrait alors beaucoup de nouvelles personnes avec qui on échangeait des tas de choses et des tonnes de projets!
Je n’oublierai pas non plus les sapins de Noël que Gérald allait chercher avec les filles et qui étaient chaque année de plus en plus grands. Nous décorions alors le sapin avec grand mère qui était si heureuse de passer un moment avec ses arrières petites filles au coin du feu avant de sombrer dans le Togo pour sa sieste durant laquelle rien ne pouvait plus lui arriver!
Je n’oublierai pas non plus le son de la voix de maman qui en arrivant chez nous criait depuis tout en bas à travers la cage d’escalier « Karin » de sa voix la plus forte, le son me résonne encore dans ma tête. C’est devenu depuis pour moi un son que je tente de retrouver lorsque je ferme les yeux et pense à elle, car lorsque je réussis, elle est devant moi avec un beau sourire.
J’entends aussi encore les voix des copines des filles qui venaient manger le midi chez nous car nous étions à 2 minutes de Saint Dominique, j’entends encore leurs débats sur la vie et je ressens encore leur force incroyable d’adolescente! Ce fut des moments magiques qui ont fait que je suis restée jeune car j’étais en contact permanent avec leur jeunesse et leur insouciance!
Merci Luz, Louise, Alba, Aude, Marine et toutes les autres! Merci les filles!
Cette maison c’est aussi les premiers petits copains des filles, les premiers bonheurs, les premiers chagrins d’amour, les premières trahisons… Je n’oublierai jamais Charles, Mehdi, Igor…
Mais cette maison c’est aussi notre maison à Gérald et à moi, le nid de notre bonheur, notre havre de paix, notre fierté de décoration, notre forteresse à nous.
C’est aussi une vie de quartier avec des gens rencontrés extraordinaires, une vie de quartier qui fait qu’on ne se sent jamais seul, merci Thérèse, Jean et son épouse, Marina et son mari, madame Lardinois, Florence et Laurent, Ernesto et Véronique, Christophe et Esmeralda et Pascale et Benoît, nos amis pour la vie! Vous quitter tous me rend vraiment triste!
La maison doit maintenant vivre une nouvelle aventure et c’est pour ça que nous devons passer le relais à d’autres pour qu’une nouvelle histoire se créée, encore et encore!
Nous emportons avec nous notre forteresse, notre bonheur et nos souvenirs.
Tout reste dans notre coeur.
Merci maison pour ce morceau de vie extraordinaire que nous avons vécu un peu grâce à toi!